06-11-2026 11:15 - Turquie: un scandale financier massif et une purge en cours jusqu'au sommet de l'État

Turquie: un scandale financier massif et une purge en cours jusqu'au sommet de l'État

RFI - En Turquie, le « scandale des fonds d’investissement » prend de l’ampleur. Cette crise financière, qui affecte près d’un demi-million d’épargnants, a entraîné une purge aux plus hauts sommets de la finance turque et n’épargne pas les cercles du pouvoir. Ce vendredi 6 novembre, une ancienne ministre et cadre dirigeante du parti de Recep Tayyip Erdogan a été placée en détention provisoire.

Le « scandale des fonds d'investissement », voilà comment la presse turque nomme l'épisode qui secoue les milieux financiers du pays et qui commence sérieusement à prendre de l'ampleur, au point de remonter jusque dans les réseaux du pouvoir politique, explique notre correspondante à Ankara, Anne Andlauer.

Au total, ce sont plus de 450 000 épargnants qui ont été touchés, 18 milliards de dollars d’actifs sont concernés et 112 suspects sont actuellement en prison, dont le directeur général de la Bourse d’Istanbul et le gendre du vice-ministre des Finances, 186 autres ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire et 38 sont toujours recherchés.

Le scandale qui secoue la Turquie ne se limite plus à une gigantesque manipulation boursière. Il touche les plus hautes sphères de la bureaucratie. Le ministre de la Justice, Akin Gürlek, l’a reconnu lui-même, parlant d’une « organisation criminelle » infiltrée au sein de l’administration et des institutions de contrôle et de surveillance financière.

Les enquêteurs examinent « tous les maillons de la structure, qui s'étend jusqu'aux fondements mêmes du système financier et aux plus hautes sphères des marchés des capitaux », a ajouté le ministre.

Un « système de corruption »

Parmi les personnes visées figurent « des personnalités politiques liées à des organisations criminelles », a-t-il poursuivi, sans désigner qui que ce soit. « Les personnes qui contrôlaient les flux financiers ont rendu les mécanismes de surveillance inopérants en mettant en place un système de corruption ».

En formant « un cartel », elles cherchaient à « siphonner les liquidités du marché en manipulant certaines actions et à prendre le contrôle du marché », a-t-il précisé.

L’affaire implique sept sociétés qui géraient 131 fonds d'investissement aux actifs toxiques, et qui ont dû être liquidés. Le gouvernement promet de juger tous les responsables. Mais l’opposition dénonce un manque de transparence. Elle réclame la liste exhaustive des personnalités impliquées, notamment des figures politiques.

Pour l’heure, un nom est particulièrement exposé, celui de Fatma Betül Sayan Kaya, ancienne ministre de la Famille de 2016 à 2018, qui avait déjà dû démissionner en septembre de la vice-présidence du parti de Recep Tayyip Erdogan dans le cadre de cette même affaire.

Elle est soupçonnée, avec son mari, d’avoir gagné 44 millions de dollars grâce à ces manipulations et a été placée en détention provisoire par un tribunal d'Istanbul vendredi pour « violation de la législation sur les marchés financiers en bande organisée », a rapporté l'agence officielle Anadolu.

PAR RFI





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Source : RFI
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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 06/11/2026 15:23 X

    Cette affaire n'est pas nécessairement inquiétante pour le pays. Elle peut aussi être un indicateur de la vitalité des institutions financières et étatiques. À titre de comparaison avec d'autres pays démocratiques, la plupart ne prendraient pas le risque d'assumer un assainissement du système financier à un tel niveau. Beaucoup d'États européens (à l'exception des pays scandinaves) couperaient démocratiquement court à l'affaire ! Ici, la Turquie affiche une confiance élevée dans la solidité de ses institutions ordonnatrices fondamentales. Quel que soit l'avenir de la Turquie et de ses gouvernants, trois réalités ne pourront être occultées par les présentations de ses adversaires stratégiques. « La période AKP » restera dans l'histoire turque celle qui aura été marquée par : 1. l'établissement de la démocratie, 2. l'entrée du pays dans le plein développement, 3. la réadmission de son islamité, a permit à la Turquie de trouver un équilibre profitable entre son histoire longue et sa modernité.