05-06-2026 19:30 - L’indépendance de la profession d’avocat, garantie de la liberté de la défense
La profession d’avocat constitue l’un des piliers fondamentaux de l’État de droit et des institutions. Elle est la profession chargée de défendre les droits et les libertés, de contribuer à la réalisation de la justice et de préserver la primauté du droit. De ce fait, l’indépendance de la profession d’avocat n’est pas un privilège accordé aux avocats, mais une garantie essentielle pour le citoyen et pour l’ensemble de la société.
Le bâtonnier est considéré comme le représentant légitime de la profession et le défenseur de ses intérêts. Il lui incombe également de préserver l’indépendance de l’Ordre, de sauvegarder sa dignité et de défendre les droits de ses membres. Dès lors, son élection doit se dérouler dans un climat de liberté, de transparence et d’indépendance, à l’abri de toute pression ou influence extérieure.
L’intervention des partis politiques dans le déroulement de l’élection du bâtonnier comporte de graves risques pour la profession ainsi que pour son rôle constitutionnel et professionnel. Lorsque la compétition électorale au sein de l’Ordre devient le prolongement d’un conflit politique ou partisan, cela affaiblit l’unité du corps professionnel et conduit à faire primer les loyautés politiques sur la compétence, l’expérience et la capacité à servir la profession.
La politisation des élections des avocats peut également nuire à l’image de l’Ordre auprès de l’opinion publique et susciter des doutes quant à l’indépendance de ses positions et de ses décisions, notamment dans les affaires à dimension politique ou relative aux droits fondamentaux.
L’avocat, qui est censé être indépendant dans sa défense et dans ses positions professionnelles, ne devrait pas se retrouver soumis à des calculs ou à des injonctions partisanes susceptibles d’influencer l’accomplissement de sa mission.
Le respect de l’indépendance de la profession exige que l’Ordre demeure un espace professionnel rassemblant tous les avocats, quelles que soient leurs opinions politiques ou intellectuelles, et que le seul critère de choix repose sur la compétence, l’intégrité, l’expérience et la capacité à diriger et à défendre la profession.
Il ne s’agit nullement de priver l’avocat de son droit constitutionnel d’appartenance politique ou d’expression de ses opinions. L’avocat est un citoyen jouissant pleinement de ses droits civils et politiques. Toutefois, il existe une différence essentielle entre l’exercice, à titre personnel, de ses droits politiques et toute tentative d’instrumentalisation des organisations partisanes pour influencer la volonté des électeurs au sein de l’Ordre ou orienter les résultats des élections professionnelles.
La force du bâtonnier réside dans son indépendance, et sa crédibilité découle de sa neutralité à l’égard des rivalités politiques. Plus il préserve l’autonomie de sa décision, plus il est en mesure de défendre efficacement les droits et les libertés et d’assumer son rôle de partenaire essentiel dans l’administration de la justice et la consolidation de l’État de droit.
Dès lors, le devoir professionnel et éthique impose à l’ensemble des avocats de s’attacher à préserver l’indépendance de l’Ordre, de rejeter toute forme d’ingérence extérieure dans ses affaires et de veiller à ce que l’élection du bâtonnier demeure une occasion de renouveler la confiance dans les institutions professionnelles sur la base de la compétence et du mérite, et non des appartenances ou des alignements politiques.
Il ne fait aucun doute que nombre des problèmes que rencontre actuellement notre profession sont dus au non-respect des normes professionnelles dans le choix de ses représentants.
Il est bien connu que l'indépendance de la profession d’avocat n'est pas un slogan à brandir occasionnellement, mais bien un principe qu'il faut défendre et protéger comme la véritable garantie de la liberté de défense.
Me Mohamed Mbarek Mohamed Fall
Candidat au poste de bâtonnier
